Sur un continent où le transport peut représenter jusqu’à trois quarts du prix final d’un produit, la logistique reste un défi quotidien pour les entreprises. Complexité douanière, lenteur des opérations, visibilité limitée sur les flux  sont autant d’obstacles qui freinent les chaînes d’approvisionnement, notamment pour les chargeurs africains. Pour les surmonter, les startups technologiques multiplient les innovations. Et certains acteurs aguerris, comme Africa Global Logistics, choisissent d’accompagner cette dynamique de l’intérieur, en s’appuyant sur leur ancrage opérationnel.

 

Même si elles attirent moins de capitaux qu’à la période faste de 2021, les jeunes pousses de la logistique continuent d’innover. Selon Partech, elles ont levé 41 millions de dollars en 2024. Elles répondent à une demande croissante, celle de mieux coordonner les flux de marchandises, sécuriser les itinéraires, accélérer les livraisons. Autrement dit, rendre plus fluides des chaînes logistiques longtemps fragmentées. 

 

Des défis très concrets pour les chargeurs

Sur certaines routes africaines, il est parfois plus rapide de faire venir un conteneur d’Asie que d’en déplacer un entre deux capitales régionales. Le coût du transport, les ruptures de charge et les formalités ralentissent la distribution, notamment dans les corridors transfrontaliers.

La technologie ne résout pas tous ces points de friction, mais elle permet de créer des passerelles entre les différents maillons de la chaîne logistique. Certaines startups ont développé des plateformes qui fluidifient les opérations de transport longue distance, pendant que d’autres investissent le segment du dernier kilomètre.

Pour les chargeurs, ces innovations changent la donne. Elles offrent plus de transparence sur l’état d’avancement des flux, réduisent les trajets à vide, permettent d’anticiper les retards ou les pertes. Encore faut-il que ces solutions soient interopérables et adaptées aux contraintes terrain. 

 

 

AGL mise sur un écosystème d’innovation enraciné

C’est dans cet esprit que le groupe a lancé Yiri, son centre d’innovation basé à Abidjan. Véritable laboratoire logistique, Yiri connecte les métiers du groupe à des solutions issues d’un tissu entrepreneurial africain en pleine effervescence.

Ce positionnement se matérialise notamment à travers le programme Accelerate, un dispositif d’open innovation qui accompagne des startups technologiques déjà en phase d’amorçage ou de croissance. Durant six mois, les entreprises retenues bénéficient d’un accompagnement sur mesure, de formations, d’un mentorat métier, et surtout de la possibilité de co-développer un projet pilote avec les équipes opérationnelles d’AGL. 

 

D’Alia à Paps, des cas d’usage concrets

Parmi les startups incubées figure ALIA, un assistant juridique intelligent qui simplifie l’accès aux règles de droit des affaires en Afrique francophone. Grâce à une IA nourrie par la jurisprudence OHADA, la solution permet aux PME de mieux se conformer aux exigences réglementaires. Selon Aude-Ellen Coffie, cofondatrice et CEO de la plateforme, l’utilisateur a la possibilité de poser une question ou lancer une recherche thématique, et obtenir un résumé accompagné des documents pertinents.  

Parmi les autres exemples, on retrouve Paps, une startup basée au Sénégal présente en Côte d’Ivoire et au Bénin qui se positionne comme un acteur majeur sur le dernier kilomètre en Afrique de l’Ouest francophone. L’objectif est de proposer une solution de distribution de proximité.  

Les autres jeunes pousses qui ont bénéficié du programme comprennent entre autres Eazy Chain, une startup togolaise qui développe un service de navire collecteur pour relier des ports secondaires aux grands hubs de la façade ouest-africaine. « Grâce à ce programme, nous bénéficierons des ressources stratégiques et de l’accompagnement d’AGL pour concrétiser cette vision et transformer durablement le secteur maritime africain », témoigne Wilfried Dabire, fondateur de la startup

Derrière plusieurs de ces projets, un fil rouge se dessine : répondre à des besoins opérationnels concrets identifiés sur le terrain, en mettant la technologie au service de la fluidité logistique.

 

 

Une logistique africaine de demain, plus connectée et inclusive

La mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf) fait émerger de nouveaux besoins. Les corridors logistiques sont appelés à devenir des axes structurants, mais leur efficacité dépend de la capacité à interconnecter les systèmes, à harmoniser les formats de données, à sécuriser les marchandises.

Dans ce contexte, les startups ne sont pas seulement des vecteurs d’innovation, elles peuvent devenir des relais de croissance si elles parviennent à s’insérer dans les chaînes de valeur régionales. Sur ce volet, AGL compte aussi faire jouer son expérience terrain pour offrir un maillage propice à l’expérimentation de solutions à plus grande échelle.

La transformation logistique du continent ne se fera ni contre les startups ni sans les logisticiens traditionnels. Elle passera par la capacité à faire dialoguer les expertises : celles des routiers, des chargeurs, des agents portuaires, des douaniers et des développeurs.